France : la colère des lycées s’invite dans la crise budgétaire
Tout a commencé le 21 septembre au lycée Saint-Exupéry de Créteil. Le 1er octobre, plus de 1 000 lycées étaient touchés, selon le ministère de l’Intérieur. Le samedi 17 octobre, lycéens, étudiants, syndicats et anciens « gilets jaunes » ont défilé ensemble : 550 000 personnes selon le ministère, 800 000 selon les organisateurs (franceinfo).
Aux origines de la colère
Les élèves décrivent une école qui fonctionne mal : professeurs absents et non remplacés, classes de 32 à 35 élèves, bâtiments dégradés, stress de Parcoursup (franceinfo, The Guardian). À Marseille, un élève a raconté à CNN des toilettes sans eau et des rats. Les organisations lycéennes demandent plus d’enseignants, des classes allégées et des locaux rénovés, avec 10 milliards d’euros d’investissement (CNN).
Ce que répond le gouvernement
Le Premier ministre Sébastien Lecornu condamne les violences. Au 9 octobre, le ministère de la Justice recensait plus de 6 800 interpellations, dont 86 % de mineurs (AFP). Matignon accuse La France insoumise d’avoir orchestré le mouvement, ce que le parti conteste (franceinfo). Après la mutilation d’un garçon de 15 ans à Lens, la police a suspendu les grenades assourdissantes. Le gouvernement promet 3 000 professeurs remplaçants et 64 milliards d’euros pour l’Éducation en 2027, soit 1,2 milliard de plus (France 24, CNN). Les lycéens jugent cela insuffisant.
Quel impact sur l’économie ?
Les dégâts directs restent limités : plusieurs millions d’euros, selon le ministre de la Justice Gérald Darmanin. Le vrai risque est financier. La croissance devrait atteindre 0,5 % cette année, la dette 119 % du PIB et le déficit 5,4 % (Fortune, Euronews). Le budget 2027 prévoit 54 milliards d’euros d’efforts pour ramener le déficit à 5 %, mais les marchés doutent : le taux à dix ans est monté jusqu’à environ 5 % début octobre, son plus haut depuis 2002, avant de revenir à 4,79 % le 16 octobre. La tension obligataire est aussi mondiale (Trading Economics), mais l’incertitude politique pèse, alors que la France doit emprunter un record de 340 milliards d’euros en 2027.
Quelle image pour la France ?
Les images de lycées incendiés et, le 17 octobre, de pillages dénoncés par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ont fait le tour du monde. Elles s’ajoutent à l’instabilité : deux gouvernements renversés depuis 2024 (CNBC) et une présidentielle dans sept mois. Mais en 1990, une révolte lycéenne avait débouché sur un plan d’urgence pour l’école. Si le gouvernement tient ses promesses d’ici fin octobre, la France peut apparaître comme une démocratie qui écoute. Sinon, elle risque de sembler gouvernée sous la pression de la rue et des marchés.