De l'IA à la SI : Washington change le nom, pas encore les règles

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De l'IA à la SI : Washington change le nom, pas encore les règles

L'administration américaine a officiellement commencé à employer le terme « superintelligence » (Super Intelligence, SI) à la place d'« intelligence artificielle » (IA) dans les correspondances et les documents du pouvoir exécutif fédéral. Ce changement découle du décret présidentiel n° 14434, intitulé « Inaugurating the Era of Super Intelligence » (« Inaugurer l'ère de la superintelligence »), que le président Donald Trump a signé le 29 septembre 2026.

Le texte demande aux ministères et aux agences fédérales, « dans toute la mesure permise par la loi », d'adopter ces nouveaux termes dans les correspondances officielles, les communications publiques, les sites internet, les rapports, les documents d'orientation et les autres documents non législatifs. Selon la Maison-Blanche, les administrations ne doivent plus reconnaître les expressions « intelligence artificielle » et « IA » dans ces contextes. En revanche, le décret n'impose pas de modifier les règlements, contrats, subventions ou documents historiques déjà publiés.

Il a été signé à l'issue d'un sommet à la Maison-Blanche entre Donald Trump et les dirigeants de grandes entreprises technologiques, au cours duquel a été paraphé l'« Accord de la Maison-Blanche sur la superintelligence ». Quelques jours plus tôt, le président avait lui-même plaidé pour ce changement de nom devant l'Assemblée générale des Nations unies.

La portée juridique du décret est pourtant bien plus étroite que ne le laissent penser les titres. Il ne proclame pas que les États-Unis ont atteint la « superintelligence » au sens scientifique couramment admis, c'est-à-dire des systèmes qui surpassent largement et de manière autonome les capacités humaines générales. Il précise expressément que, pour l'instant, les nouveaux termes désignent les mêmes technologies et systèmes que ceux couverts par la définition de l'intelligence artificielle déjà inscrite dans le droit fédéral. Le périmètre des technologies soumises aux règles fédérales ne change donc pas du jour au lendemain ; ce qui change d'abord, c'est le nom employé au sein de l'administration.

Pour autant, il ne s'agit pas d'un simple échange de vocabulaire. Le décret charge le conseiller du président pour la science et la technologie de remettre, sous 60 jours, une proposition de texte législatif. Celle-ci doit porter sur une définition fédérale de la « superintelligence », sur les modifications à apporter aux textes de loi qui mentionnent aujourd'hui l'intelligence artificielle, et sur toute autre mesure exécutive que l'administration jugerait utile.

C'est là que se joue l'enjeu, car le langage officiel n'est jamais tout à fait neutre. L'« intelligence artificielle » recouvre un large spectre, des algorithmes de recommandation aux modèles génératifs et aux systèmes les plus avancés. Le terme « superintelligence » évoque bien davantage : des capacités qui dépassent l'humain, une course stratégique, une immense opportunité économique et, avec elles, des risques potentiellement plus élevés.

À ce stade, le décret relève donc d'un repositionnement linguistique et politique plus que de l'annonce d'une percée technologique. Il pourrait toutefois marquer le début d'un changement réglementaire plus large si de nouvelles dispositions législatives et de nouvelles définitions suivent. Le nom que choisit un gouvernement ne modifie pas la technologie elle-même, mais il peut influencer la manière de la réglementer, de la promouvoir et de la financer, ainsi que le regard que portent institutions et public sur ses risques.

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